La fracture numérique: inégalités d’accès et d’utilisation

Dans cet article, je vais introduire le concept de fracture numérique.

Introduction

La technologie numérique est devenu le moteur central de plusieurs aspects de notre vie. D’autant plus, la pandémie actuelle a largement augmenté notre utilisation et aussi notre dépendance à celle-ci. Nos communications avec les autres, l’accès au marché de l’emploi, nos loisirs et tout le système de la consommation reposent sur celle-ci.

Cependant, il serait bien faux de croire que cette technologie est accessible à tous, et au même niveau. Le concept d’inégalité dans l’accès et l’utilisation de la technologie s’appelle la fracture numérique. C’est ce dont je vais ici discuter. Le contenu de cet article inclus des données factuelles ainsi que des classements issus de mes réflexions.

Tout d’abord, je vais diviser le concept de fracture numérique en trois niveaux:

  • Pouvoir accéder à la technologie numérique
  • Savoir produire du contenu et des logiciels et non seulement les consommer
  • Pouvoir être autonome face aux géants du web

L’accès au numérique

Selon plusieurs études, dont le NETendances publié au Québec par le CEFRIO jusqu’à 2020, puis reprise par Académie de la transformation numérique de l’Université Laval, trois principaux éléments définissent l’accès au numérique:

L’accès à

  • un ordinateur
  • Internet
  • un téléphone intelligent

Quelques chiffres

  • 34,4% de la population mondiale n’a pas accès à Internet. En Afrique, c’est 56,8% de la population
  • La moitié des utilisateurs d’Internet de par le monde sont situés en Asie
  • Au Québec, 97% des foyers ont accès à Internet. Nous sommes parmi les plus connectés au monde.
  • Cependant, 8% de la population québécoise, soit 280 000 foyers, n’a pas accès à la haute vitesse
  • Toujours au Québec, 86 % de la population possède un ordinateur, en nette augmentation depuis le début de la pandémie.
  • 81 % de la population possède un téléphone intelligent et 64% utilise un téléphone intelligent pour accéder à Internet quotidiennement.

Les conséquences de l’inaccessibilité du numérique sont nombreuses:

  • Ne pas avoir accès à Internet prive les citoyens d’accès à de l’information, à des services et à certains emplois
  • Ne pas avoir accès à un ordinateur empêche les citoyens d’un moyen de pouvoir produire du contenu à valeur ajoutée
  • Enfin, l’utilisation des applications privatives sur le téléphone intelligent augmente la dépendance aux algorithmes des géants du web

Publier et non seulement consommer

L’internet est un lieu d’échange et est conçu pour publier et partager. Si on ne fait que le consommer comme les médias traditionnels tel que les journaux ou la télévision, nous en tirons très peu profit. Mais, pour publier, il faut avoir accès à une plateforme, une audience, l’absence de contrôle externe et de censure, ainsi qu’un savoir-faire.

Voici les avantages que procurent la possibilité de publier:

  • augmenter la liberté d’expression et la participation démocratique
  • rejoindre des gens ayant des défis similaires
  • faire la promotion de ses produits et services hors de sa communauté locale
  • s’exprimer sur des enjeux de société
  • présenter la réalité des groupes sociaux marginalisés

En plus du contenu textuel ou littéraire, l’accès au réseau internet permet aussi de partager du code informatique. Ceci permet entre autres de diffuser la connaissance scientifique sous une forme algorithmique. Cette compétence peut être acquise de diverses façons, généralement en mode autodidacte ou avec un accompagnateur.

Savoir coder un langage de programmation:

  • augmente la capacité d’abstraction
  • permet de développer sa créativité en résolution de problèmes
  • réduit sa dépendance aux logiciels privatifs tels que les applications web de type SaaS

Au delà de la programmation, il y a aussi la conception de systèmes informatiques qui permettent d’exécuter des tâches complexes et des processus d’affaires. Savoir développer ceux-ci permet de:

  • s’affranchir des logiciels privatifs et des licences dispendieuses
  • répondre aux besoins de ses clients de façon personnalisée
  • réduire l’accumulation centralisée des données par les géants du web

Les quatre niveaux d’autonomie numérique

Je définis quatre niveaux d’autonomie numérique. J’entend ici par autonomie la capacité de ne pas être dépendant d’une technologie qui n’est pas sous notre contrôle pour mener nos activités commerciales, associatives ou personnelles.

Augmenter son autonomie face aux:

  • algorithmes
  • fournisseurs de logiciels SaaS
  • hébergeurs web privatifs
  • fournisseurs d’accès Internet

Atteindre l’autonomie complète signifie avoir le plein contrôle de ses technologies et ne plus dépendre d’aucune service externe, y compris le réseau Internet. C’est une situation très rare ! Mais, il est possible de progresser sur chacun de ces quatre niveaux et obtenir des avantages considérables

Mon objectif avec Je valide ça est de nous faire progresser ensemble dans cette direction par la formation et l’accompagnement.

Faire face aux algorithmes

Les réseaux sociaux carburent à l’attention, car chaque minute passé avec eux permet de vendre de la publicité ciblée.
Pour arriver à ses fins, les algorithmes des réseaux sociaux:

  • servent à créer une bulle de confort qui limite le questionnement et la curiosité,
  • peuvent être manipulés à des fins politiques,
  • limitent la visibilité des groupes marginalisés et de leurs revendications.

Pendant que vous consommez du contenu divertissant, vous ne prêtez pas attention aux enjeux sociaux autour de vous. La fracture numérique est ainsi synonyme de désinformation.

Moins dépendre des fournisseurs de logiciels SaaS

Les logiciels SaaS sont ceux qu’on utilisent via un navigateur web, souvent gratuitement ou via un abonnement mensuel. Nous ne contrôlons pas ce qui est fait avec les données qui se trouvent à l’intérieur du service. Généralement, les utilisateurs n’ont pas accès au code informatique de l’application.

Les logiciels SaaS ont quelques inconvénients. Entre autres, ils

  • gardent vos données captives chez eux et limitent l’interopérabilité.
  • ont votre autorisation pour supprimer votre contenu et fermer votre compte sans préavis.
  • peuvent changer leurs conditions d’utilisation et leurs tarifs à volonté.
  • contrôlent dans quelle juridiction se trouvent vos données.

Si demain, votre compte de réseau social préféré était bloqué, aurez-vous un plan B ? Fort heureusement, il existe des alternatives en logiciel libre à ce modèle d’affaires grâce à l’autohébergement. Ceci peut être accompli avec des technologies libres telles que Nextcloud et Yunohost. Lorsque nous utilisons des logiciels SaaS, une bonne pratique est de toujours avoir au moins une copie de son contenu sur une plateforme privée, sous notre contrôle.

Si demain, votre compte de réseau social préféré était bloqué, aurez-vous un plan B ?

S’éloigner des hébergeurs web privatifs comme plateforme principale

L’autonomie face aux hébergeurs web privatifs, c’est contrôler le serveur qui héberge son site web. Le scandale de la firme canadienne WHC qui a eu lieu au début septembre est un exemple de conséquences qui arrivent avec ce type d’hébergement. Dès lors, de nombreuses entreprises subissent du jour au lendemain une grande fracture numérique.

Certains hébergeurs web privatifs tel que Youtube, Wix, Medium et WordPress.com monétisent votre contenu en échange d’un service gratuit. Dans cette situation, le site optimise le trafic qui circule sur votre site selon les publicités diffusées et non votre client idéal.

Règle d’or ici: Vous diffusez votre contenu sur plusieurs plateformes, mais vous devez en contrôler au moins une ! Mon contenu se trouve toujours sur Nextcloud avant d’être diffusé !

Développer une autonomie face aux fournisseurs d’accès Internet

Ici, on parle du niveau suprême d’autonomie. Il est peu probable qu’il vous soit accessible immédiatement. Il requiert un effort de communauté considérable et des moyens financiers appropriés.

  • Dans certains pays, la neutralité du réseau internet est menacée ou inexistante. Pensons à la Chine et son pare-feu national.
  • Aux États-Unis, les câblodistributeurs tentent constamment de favoriser leur contenu en streaming.
  • En milieu isolé, l’accès Internet peut être sporadique. Un intranet privé et une stratégie de cache peuvent limiter ces impacts.
  • Dans plusieurs pays défavorisés, le seul accès internet offert est via des plateformes fermées tel que Facebook et Google
  • En Espagne, le réseau parallèle Guifi.net fonctionne sans accès Internet, même s’il y est aussi connecté.
  • À Montréal, le reseaulibre.ca et à New York, le NYC Mesh sont des réseaux informatiques citoyens décentralisés

Pour diminuer la fracture numérique, ne compliquons pas les choses

Le principe KISS (Keep it simple, stupid) signifie éliminer la complexité et la redondance en informatique. Des logiciels simples, tels que des utilitaires en ligne de commande, permettent d’ accomplir autant que des logiciels commerciaux complexes. De plus, utiliser ceux-ci, qui ont souvent des usages bien définis, réduisent les risques de sécurité en diminuant la surface d’attaque des logiciels malicieux.

Un logiciel qui fait une seule tâche et la fait bien, collabore avec les autres, lit et écrit du contenu lisible par l’humain suit la philosophie UNIX. C’est un des principes fondamentaux que je compte suivre dans mes enseignements.

En complément, je vous offre un guide d’évaluation sur la fracture numérique. Découvrez à quel point elle vous affecte.

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