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Comment transformer la relation parasitaire des Big Tech avec nos gouvernements ?

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J’achève la lecture de Mission Economy - A moonshot guide to changing capitalism de Mariana Mazzucato.

C’est un essai dont la trame de fond est la mission de John F. Kennedy de faire des États-Unis une puissance spatiale en étant le premier pays à mener un homme sur la Lune et le faire revenir (parce que dans la logique de certains autres pays, le retour n’était pas une garantie).

L’immense projet de recherche et développement qui s’est déroulé sur presque une décennie a permis de donner une mission commune au peuple américain, aux entreprises et au gouvernement.

Peut-on appliquer les principes de Mission Economy aux projets en informatique ?

Plusieurs grandes entreprises de l’aérospatiale, de l’ingénierie et de l’informatique sont nées des projets de la NASA.

Une agence pas comme les autres, avec un modèle de gestion qui inclut la prise de risques, les contrats sans appels d’offre avec les meilleurs, à condition de remplir les cahiers des charges et de travailler pour la mission.

Un monde dans lequel les entreprises font ce que le gouvernement ne peut pas faire, comme le développement de produits. Mais où c’est le gouvernement qui décide, qui fixe les normes, et qui peut te dire de retourner faire tes devoirs, sans payer.

Source: https://www.nasa.gov/history/60-years-ago-nasa-signs-contract-for-apollo-command-and-service-modules/

Est-ce que c’est un modèle parfait ? Non.

Est-ce que ç’a mené à une dépendance d’un grand secteur de l’économie américaine aux contrats du gouvernement, qui sont devenus de plus en plus axés sur la destruction et les intérêts pétroliers, au lieu de missions scientifiques ? Oui.

Mais est-ce que ç’a marché, au bout du compte ? Oui, l’objectif d’aller sur la Lune a été atteint.

🌘 Nos défis actuels et les consultants…

Ça me fait penser à nos défis actuels. L’essai réfère surtout aux changements climatiques et aux objectifs de développement durable. Il y a un enjeu qui est effleuré, c’est celui des grandes firmes de consultation, et je sais qu’il est abordé amplement dans son essai suivant, The Big Con.

Cet essai est une attaque en règle contre les grandes firmes de consultation, notamment les Big 3 américaines de la stratégie (McKinsey, Boston Consulting Group et Bain & Company) et les Big 4 britanniques de l’audit (KPMG, Deloitte, Ernst & Young et PricewaterhouseCoopers). Contrairement aux entreprises du complexe militaire-industriel qui ont livré la marchandise, les firmes de consultation stratégique ne font que brouiller les cartes. Elles rendent les gouvernements et les dirigeants d’entreprise incapable de mettre en place des réformes de manière autonome.

🌘 Les firmes à trois lettres

Il y a aussi un autre type d’oligopole auquel on doit sérieusement réfléchir. Celui qu’on appelle les “Firmes à trois lettres”. Les IBM, CGI, DMR, LGS … et les BIG Tech, dont je parle souvent.

Leur lien privilégié avec le gratin politique a mené à des scandales de grande ampleur. Au Canada, les noms Phenix, SAAQClic, RISE, SAGIR vont immédiatement amener leur lot de frustrations. Aux États-Unis, on pensera à ObamaCare et le désastre technologique de healthcare.gov. Au privé, j’ai aussi vécu une partie de NEXT chez Desjardins, une autre patente à gosse interminable à la SAAQClic.

Voici un tableau compilé avec l’outil de recherche Perplexity sur ces différents projets.

Programme Coût initial estimé Coût final estimé Période (années) Références principales Entreprises impliquées
Phénix 310 M$ >1 G$ 2011–2018 (7) VG Canada IBM, Services publics Canada
SAGIR 83 M$ 1,2 G$ 2005–2016 (11) Gouvernement QC INSSE, CGI, Oracle
SAAQClic 200 M$ >480 M$ 2015–2025 (10) Journal QC CGI, LGS (IBM), Moov AI
RISE (CARRA) 87 M$ 108 M$ 2005–2011 (6) Ass. Nat., VG Québec Fujitsu, DMR, IBM
Healthcare.gov 93,7 M$ >1,7 G$ 2011–2014 (3) GAO/OIG, Wikipedia CGI Federal, QSSI, Oracle, Experian
CAPSULE (ULaval) Env. 20 M$ >35 M$ 2004–2024 (20) ENAP, ULaval Oracle, CGI, ULaval TI interne

Je suis pas mal convaincu qu’aucun pays sur la planète est assez unique pour ne pas avoir une solution normalisée pour gérer des permis de conduire, des paies d’employés ou des remboursements de médicaments. Mais, on dirait toujours que c’est un calvaire.

En travaillant avec des grandes firmes technologiques, on obtient :

Parce que ce n’est pas comme c’est vieux et un peu laid que ça ne fait pas la job !

🌘 Quelques grandes questions

Peut-on construire une mission pour le numérique au service des citoyens. Sobre, efficace, normalisée, rapide, et surtout libre ?

Le logiciel libre est souvent construit dans un objectif de bien commun, mais son plus grand défaut est souvent que le bénévolat, ça ne paie pas l’épicerie.

Est-ce qu’un modèle basé sur le concept de mission, au niveau mondial, pour simplifier les rapports entre les citoyens et les gouvernements grâce à la technologie, c’est possible ?

Ou c’est impossible selon les paramètres actuels, et que ça en fait donc une bonne raison d’essayer de changer la configuration du système pour rendre ça possible à nouveau ?

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