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Police et données des autistes

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J’ai brisé la bulle sacrée des parents d’enfants autistes en dénonçant l’initiative du service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de créer un registre des autistes qui serait utilisé lors d’interventions. Ce sujet qui semble enthousiasmant pour les parents de personnes autistes (qui ne sont pas toujours leurs meilleurs alliés, voir notamment le cas d’Autism Speaks, une organisation très en vue qui fait la promotion de traitements traumatisants) cache une sombre réalité de l’accumulation de données et de la surveillance de la police quand on s’y attarde.

Je vais t’expliquer les différents enjeux dans cet article.

(notes importantes : 1. j’ai écrit ce texte avant les arrestations de policiers à Toronto, mais ça renforce mon argumentation. 2. Je n’ai pas de diagnostic d’autisme. C’est un texte qui va au delà de cette caractéristique. J’essaie d’être un bon allié.)

Premièrement, l’histoire nous prévient des dérives de la création de registres basés sur des données démographiques pour des groupes marginalisés. Le génocide du peuple Juif en Europe a grandement été facilité par la création au préalable de recensements de la population par religion pratiquée, notamment aux Pays-Bas. Durant le régime Nazi, le professeur autrichien Hans Asperger a aussi été connu, au delà d’avoir donné son nom à diverses manifestations de l’autisme, avoir créé des listes et des expérimentations qui ont mené à des internements et des assassinats en série (euthanasie) de personnes autistes, jugées “inutiles pour l’État Allemand”, avec le programme Aktion T4.

[Asperger] publicly legitimized race hygiene policies including forced sterilizations and, on several occasions, actively cooperated with the child ‘euthanasia’ program. https://link.springer.com/article/10.1186/s13229-018-0208-6

Les politiques actuelles de protection de la vie privée telles que le RGPD en Europe ou la loi 25 au Québec ont été fortement inspirées de ces apprentissages douloureux de l’histoire.

Deuxièmement, s’il y a un enjeu avec les pratiques policières avec les personnes neurodivergentes, il y a besoin de modifier ces pratiques de manière globale, pas en s’inscrivant à un registre qui pourrait, peut-être, donner droit au forfait “gentil” au lieu de la brutalité policière qui est assumée ici comme étant l’intervention par défaut. La création de listes de gens, peu importe leur profil, crée une cible pour n’importe quel changement d’attitude ou de directives de la part des policiers. Le virage à 180 degrés de la police ICE aux États-Unis, sous directive du président Trump, pour en faire une sorte de SS moderne, en est un exemple. Ajoutons qu’au même moment où cet organisation s’est fait donner de nouveaux pouvoirs, un registre national des autistes était planifié, avec une rhétorique rappelant le programme nazi que j’ai mentionné précédemment.

Au Canada, nous ne sommes pas étrangers aux pratiques policières brutales. Nous avons aussi vécu à deux reprises dans les dernières décennies, des décrets faisant la promotion de mesures répressives dites “mesures de guerre”, ou des artistes et intellectuels ont été ciblés par la police de manière arbitraire, en se basant notamment sur des collaborations artistiques et des publications. Rien n’empêcherait donc de s’y prendre aux personnes autistes par des mesures similaires dans le futur, surtout avec les préjugés les associant souvent à des “génies hors de contrôle” (unleashed genius).

Troisièmement, étant donné la grande intersection entre la population autiste et la population LGBTQ+ (environ une personne autiste sur 3 s’identifie comme LGBTQ+), ces données pourraient aussi servir dans la répression advenant des lois adverses. Si on considère les personnes trans, ce groupe marginalisé a déjà été visé par des mesures défavorables au Canada, et sont persécutés dans plusieurs états américains.

Source: Celeste Trianon: https://celeste.lgbt/en/2025/07/july-2025-canadian-anti-trans-risk-assessment-map/

Les données des registres policiers sont bien connues pour circuler entre les juridictions et les frontières au travers des courtiers de données et des entreprises d’IA militaires comme Palantir, IBM et ClearView. Ces outils sont entre autres utilisés pour faire du profilage, des arrestations préventives et aussi pour commettre des gestes de nature terroriste sponsorisés par des États.

Comme nous l’a rappelé Edward Snowden, les données qui sont insérées dans les systèmes utilisés par la police et l’armée sont permanentes, il ne sera jamais possible de les effacer. C’est cet élément qu’il faut mettre de l’avant lorsque tout concept de registre est mis de l’avant par une entité du gouvernement.

Dernièrement, j’ajouterais la notion du consentement. Le consentement doit être éclairé. Ici, il implique de savoir ce qu’il va advenir des données lorsqu’elles seront dans le registre. Or, les policiers vont utiliser le prétexte du secret de leurs opérations pour ne pas révéler le parcours des données. D’un point de vue stratégique, c’est justifié, pour ne pas nuire aux enquêtes. Mais ici, on ne parle pas de criminalité, on parle de la police contre la police. Et on sait que ça ne mène presque jamais à de vraies enquêtes. Ce n’est donc pas possible de consentir de manière éclairée à ce qu’on partage des informations de nature médicale avec la police.

Il y a moyen d’aider la relation entre la police et les personnes autistes sans créer une base de données qui a un potentiel énorme d’être utilisée à des fins répressives, ici ou ailleurs, et qui surtout n’a aucun fondement scientifique. N’oublions pas que la police peut toujours être rappelée par l’État à son mandat premier qui est de servir et protéger les intérêts du capitalisme, du patriarcat et du colonialisme. Les personnes atypiques ont souvent été du côté de la contestation.

Les discours défavorables et la désinformation croissante qui cible les personnes autistes et par la bande les personnes trans (dont une proportion importante est aussi autiste), croisés à l’existence de ce genre de liste, pose un danger bien plus important que les bénéfices potentiels à mon avis.

Soyons prudents et critiques face aux “bonnes idées”. Surtout quand ça vient de la police.

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