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J’ai eu une conversation intéressante aujourd’hui avec un collègue, à mon nouvel emploi, sur les migrations technologiques en entreprise. Ça m’a fait réfléchir aux différentes réalités que je vis depuis quatre ans en développant une petite entreprise. Il y a beaucoup plus de similarités entre les petites et grandes entreprises quand on regarde le manque de maturité technologique et les illusions qu’on se fait vendre.
🌘 Le coût de l’expérimentation logicielle
Dans une petite entreprise, changer d’outils signifie arrêter de travailler pour ses clients. Résultat ? On ne change que lorsque c’est absolument nécessaire, et on le fais vite. Comme les ressources financières limitées, on va souvent le faire nous-même, et ça vient aussi avec les risques d’essais et erreurs. En contrepartie, ça vient aussi avec des apprentissages. Et dans le monde de la petite entreprises, ces erreurs sont partagées et non gardées secrètes.
J’ai l’impression, sans pouvoir le confirmer, que dans la grande entreprise, une partie du succès vient de réussir à se planter avant les autres, et de garder le secret le plus longtemps possible comme un avantage concurrentiel. Par contre, d’un point de vue de la société, il y a là une énorme perte d’énergie qui pourrait être consacrée à des problèmes urgents, comme les changements climatiques ou la détérioration de la situation des droits humains par la montée des régimes politiques autoritaires.
Dans les grandes entreprises, les systèmes sont isolés (production, analyse, développement, R&D) pour des raisons de sécurité et de gouvernance. Les transformations prennent des années et coûtent des fortunes, mais les clients ne sentent rien… sauf quand ça tourne mal (pense à SAAQclic). Dans la grande entreprise privée, c’est souvent aussi chaotique que dans le secteur public, mais on n’en parle pas. C’est privé… et privatif. Il y a aussi des joutes de pouvoir dans les hautes directions qui peuvent mener à des décisions peu basées sur les analyses techniques, mais plutôt sur des “gut feelings”, incluant ceux provoqués dans un restaurant 5 étoiles payés par les fournisseurs de logiciels.
🌘 Le piège de l’automatisation prématurée
Je dis souvent qu’il faut maîtriser avant d’automatiser.
Les petites entreprises tombent régulièrement dans ce piège. Avec les modes sur les réseaux sociaux et la montée en visibilité des gourous de l’IA de toutes sortes, c’est impossible de passer une journée sans croiser un futur Saint de l’IA en train de prêcher ses miracles. Les entrepreneurs sont obsédés par l’optimisation à tout prix, pensant avoir un retard considérable sur tous leurs concurrents. Le plus gros risque, et la plus grosse perte de temps, dans les petites entreprises, c’est quand elles automatisent avant même d’avoir stabilisé leur modèle d’affaires. Tu te retrouves avec un système coûteux qui ne fonctionne jamais vraiment comme tu le voulais, mais que tu gardes par culpabilité (ce qui s’appelle en anglais le sunk-cost fallacy).
L’exemple classique ? 17 personas créés pour 600 abonnés dans ConvertKit, parce qu’un gourou LinkedIn a dit de « segmenter ta liste ». Pour comparer : quand j’étais chez chez Desjardins, nous avions 5 personas pour 8 millions de clients. T’es correct avec juste une liste dans ta PME, et t’enrichiras pas un parasite de LinkedIn qui a trouvé son diplôme en IA dans un NFT de singe acheté en vente trottoir sur OpenSea.
Les grandes entreprises ont le problème inverse. Chaque nœud de la patente à automatiser appartient à un secteur différent. Démêler le tout prend trois ans… mais les logiciels changent tous les cinq ans. Donc tu me vois venir avec l’éternelle course contre le retard technologique.
Elles se retrouvent dans une course perpétuelle où 60% du temps sert à rattraper le retard pris en essayant de rattraper le retard qu’on croyait avoir pris. Pendant que la compétition, malgré ses prouesses technologiques annonces publiquement, roule encore sur du vieux COBOL.
Tu changes de système d’entrepôt de données pour tes 5 millions de clients parce que celui que tu utilises n’est plus supporté par le fournisseur, pour apprendre à mi-chemin que son remplaçant a aussi attrapé le virus de l’obsolescence programmée.
🌘 L’alternative existe
Ce soir, j’étais avec ma gang de Rencontres Linux Québec. On célèbre depuis combien de temps on s’est “libéré” de Windows et des ses mises à jour toujours au mauvais moment, de ses écrans bleus et de sa complicité avec les forces du mal.
Depuis 10 ans, 20 ans, et même 40 ans, les gens présents utilisent des systèmes de type Linux ou Unix. Un domaine où la permanence des techniques est assez remarquable.
Les mêmes logiciels simples et efficaces, conçus pour les ordinosaures de nos parents, fonctionnent encore aujourd’hui, 1000x plus vite, sur des systèmes modernes. Ce qui fait qu’on peut utiliser le même matériel informatique jusqu’à temps que ça pète sans vraiment voir de ralentissement.
On disait que le logiciel libre ne soi ne suffit pas à avoir la souveraineté numérique. Mais ce qu’il permet par contre, c’est vraiment de gagner du temps. C’est d’ailleurs un des principaux défis des entreprises qui offrent des services en logiciel libre. Les clients ne reviennent pas souvent parce que c’est brisé !
🌘 Le vrai coût de l’obsolescence
La course contre le retard technologique est un véritable problème.
- Des ordinateurs sont jetés aux 3 ans parce que le nouveau Windows demande encore plus de mémoire.
- Chaque semaine, un nouveau modèle d’intelligence artificielle apparemment meilleur consomme 3x plus d’électricité et d’eau que sa version précédente, pour des gains marginaux calculés avec des examens de mathématiques tordues.
- Une part croissante du prix des produits sert à payer des transformations numériques et à réinventer la roue à chaque fois qu’un fournisseur décide de flinguer son produit vedette.
L’informatique merdifiée est un facteur considérable dans l’augmentation du coût de la vie et dans les inégalités de revenus. Tout cet argent se retrouve dans les mains de milliardaires psychopathes qui font avancer des agendas politiques aux tendances fascistes.
Pendant qu’on court sans cesse pour rattraper le retard technologique … Eux, ils inscrivent leur enfants dans des écoles privées de luxe sans Internet ni aucun appareil informatique. Parce qu’ils savent que les savoirs passés de génération en génération sont immuables et que les bons vieux outils souffrent beaucoup moins d’obsolescence programmée.
Combien de temps passes-tu à rattraper ton retard technologique ?