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Je t’écris cette infolettre avec un outil qu’on pourrait qualifier de minimaliste. Il n’y a même pas de menu ! À force d’utiliser des outils les plus complexes les uns des autres, avec des fonctionnalités qui s’ajoutent à chaque semaine, avec des menus de plus en plus fournis, avec éventuellement des onglets pour classer les différents menus, on se rend compte qu’on est noyé dans l’inutile.
Une tactique de rétention des éditeurs de logiciels, c’est de créer le sentiment que tu as “réussi” à comprendre leur logiciel.
Comme tu ne veux pas gaspiller cet effort, tu restes avec eux. Au-delà du vendor lock-in avec les formats de fichiers ou les fonctionnalités brevetées, il y a aussi le lock-in psychologique qui exploite nos biais. Dont celui de l’erreur des coûts irrécupérables (sunk-cost fallacy en anglais), qui accorde une valeur intrinsèque au fait d’avoir investi du temps et de l’argent pour acquérir un bien, une connaissance ou tout autre capital, sans égard au besoin réel. Bien souvent, avec un ordinateur, on veut concevoir quelque chose. On veut écrire, on veut coder, on veut designer, on veut enregistrer… Le produit fini qu’on souhaite avoir va prendre la forme d’un texte, d’un logiciel, d’une image, d’une vidéo… Il n’y a aucune trace du logiciel qu’on a utilisé dans ce produit fini. Mais, de plus en plus, on nous vend l’outil comme étant une composante indissociable du résultat. On se retrouve donc avec, plus souvent qu’autrement, des logiciels complexes pour un résultat simple. C’est comme ça que se glisse l’intelligence artificielle un peu partout dans les logiciels. Supposément pour aller plus vite, pour complémenter notre imagination, ou pour nous éviter des erreurs. Ça présuppose qu’on a ces problèmes. Est-ce qu’en ce moment, j’ai besoin de menus multiples pour écrire ce texte? Ou est-ce que je suis simplement en train de taper sur mon clavier dans une boîte de texte noire? Si j’appuie sur la barre oblique /, je peux accéder à un menu, au besoin. Si je n’en ai pas besoin, elle n’est pas là. C’est simple. Avec la ligne de commande, on retrouve un peu la même chose. On tape, et si on veut de l’aide, on peut en demander, souvent en écrivant simplement help comme argument suite à la commande. Il n’y a rien qui vient se glisser dans l’interface pour me proposer de l’aide que je n’ai pas demandée. Je crois qu’on devrait demander davantage de ces interfaces. Les logiciels libres les implémentent souvent depuis bien longtemps. Fous-moi la paix, mais sois présent à l’instant lorsque j’aurai besoin de toi. L’informatique, ça devrait être comme ça. Est-ce qu’on peut se permettre de retomber en amour avec la simplicité? Est-ce qu’on peut se libérer de l’informatique qui est conçue pour enlever la capacité de décider par nous-mêmes ?